Reviraduro Azur n°8

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AZUR – Revue poétique d’expression provençale
publiée par la Maintenance de Provence du Félibrige

TRADUCTION DU DOSSIER DU NUMERO 8 (mars 2024)
JOSEPH D’ARBAUD (1874 – 1950)

Lorsque vous parlez de Joseph d’Arbaud à votre entourage, tous vous citent avec
admiration une ou plusieurs œuvres, prose ou poésie, selon leurs goûts et ce qui les a
marqués. La vie du poète est peut-être un peu moins connue et cependant, elle porte un
éclairage sur son œuvre pour une bonne part.
C’est à Meyrargues, à la Pichoto Bastido (Petite Bastide) que naquit Joseph
d’Arbaud le 6 octobre 1874. Son père, Philippe d’Arbaud a 44 ans et sa mère, Marie
Martin, en a 40. Joseph est le second enfant vivant du couple après Berthe, son aînée
d’un an. Philippe d’Arbaud est propriétaire. Les d’Arbaud, à Meyrargues depuis plus de
trois siècles, sans être riches, sont à leur aise. C’est Philippe qui, après son mariage en
1868, commença d’écrire le nom d’Arbaud avec une apostrophe, une manière de se
prétendre noble comme son épouse qui par sa mère venait d’une famille noble, les de
Raphélis de Soissans et autres lignées à particule.
Marie Martin est de Cavaillon. Son père, Valère Martin, rentier, a des prétentions
littéraires. Lou felibre di meloun (Le félibre des melons), félibre de la première heure
est un historien local qui ne dédaigne pas d’écrire en provençal ; il sera en cela un
exemple pour sa fille qui, plus tard, sera appelée Marie-Azalaïs Valère-Martin. Au cours
de sa jeunesse, Marie se livrait à l’écriture poétique et, en 1860, un de ses poèmes paraît
dans l’Armana prouvençau. Elle se fait alors connaître sous le pseudonyme de felibresso
dóu Cauloun (la félibresse du Calavon) et Mistral la félicite pour son talent poétique.
Elle publia ensuite, en 1863, un recueil de ses poèmes, Lis Amouro de ribas (Les Mûres
de talus) qui restera son œuvre unique malgré son talent. C’est elle qui entraînera Joseph
sur ses traces, dans le Félibrige et vers la poésie.
Berthe et Joseph grandissent à Meyrargues et à Cavaillon aux côtés de leur mère
sans connaître, pour ainsi dire, leurs grands-parents trop tôt décédés. Le père n’est guère
présent à la maison, souvent manquant, davantage attiré par la chasse que par la vie
familiale.
À 10 ans, le garçonnet part étudier à Avignon. Il y sera un excellent écolier et
déjà un conteur de choix. Au cours de ses études avignonnaises, Joseph se forge une
solide culture classique. Attiré par le Félibrige, il ne manque pas une occasion de se
rendre à la rencontre des félibres qui se réunissent au Café de Paris : Gras, les Jouveau,
Hugues et surtout Mistral lui-même. C’est aussi à Avignon qu’il fait, par hasard, la
connaissance d’un jeune homme de cinq ans son aîné et qui se trouve être un cousin
éloigné. Ce Provençal ardent, passionné par la Camargue, c’est Folco de Baroncelli-
Javon. Ils vont vite devenir amis et Folco transmet à son cadet sa passion pour la
« bouvine » et pour la Camargue.
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Joseph, bachelier en lettres à 18 ans, s’inscrit à la faculté de droit d’Aix en 1893.
Mais s’il fut un écolier consciencieux, il ne sera pas un étudiant sérieux. Il n’est guère
intéressé par ses cours, il aime mieux fréquenter la fine fleur des poètes et des
intellectuels provençaux. Ce sont des années de vie mondaine au cours desquelles il écrit
déjà à Mistral pour lui soumettre sa poésie. En 1897, recalé à son examen de licence, il
prend subitement la décision d’arrêter ses études et de partir vivre en Camargue. De
santé fragile, il se justifie auprès de ses parents de devoir prendre des forces au bon air
des Saintes-Maries-de-la-Mer. On a dit qu’il était parti suite à un chagrin d’amour. Peut-
être. Ce qui est certain, c’est que lui, élégant accompli, est curieusement très attiré par
la rude vie de gardian. Il achète des bêtes à Folco et se fait manadier comme lui.
Les débuts en Camargue sont difficiles mais cette vie lui est un régal. Le temps
qu’il y passe est une source d’inspiration qui nourrira plus tard toute son œuvre et à
laquelle nous devons des pages merveilleuses tant en poésie – Li Cant palustre (Les
Chants palustres) – qu’en prose. C’est à partir de là aussi que Joseph commence à
souffrir de la solitude et qu’il se met en tête de se marier. Désormais il papillonnera d’un
amour à un autre et, avec l’aide de ses amis, il essaiera de temps à autre de se marier.
Tous ses projets échoueront ; il ne se mariera qu’à la fin de sa vie. En Camargue
débuteront aussi les soucis d’argent, sa manade lui coûtant fort cher. C’est de plus le
moment où sa maladie s’aggrave.
En mai 1905, le diagnostic tombe. Joseph a la tuberculose et il lui faut tout arrêter
pour partir se soigner dans un sanatorium. Il y restera 6 ans, sans cesse tourmenté par
des soucis financiers. Ses soins sont coûteux et l’aide de sa mère ne suffit plus. Sa
manade sera vendue, ce qui lui déchire le cœur. Il profitera cependant de ce repos forcé
pour écrire de nombreuses lettres et aussi des poèmes comme Lou Lausié d’Arle (Le
Laurier d’Arles) qui lui vaudra d’être lauréat en 1906 des Grands Jeux Floraux
Septénaires du Félibrige.
En 1911, les médecins le considèrent comme guéri et il quitte la Suisse. Il écrit
des articles dans diverses revues. 1914 arrive comme un tremblement de terre : Mistral
meurt et la guerre est déclarée. D’Arbaud, qui n’est pas apte à être soldat, prendra la
plume pour défendre l’honneur du Midi sali par l’affaire du XVe Corps. En 1917, il
devient rédacteur en chef de la revue littéraire Le Feu. Il s’y révèle polémiste redoutable,
qui défend bec et ongles la doctrine mistralienne et le régionalisme.
Avec la cinquantaine, Joseph se voit honoré : majoral en 1918, Légion d’honneur
en 1925. Il habite Aix et il vit plus confortablement. Souffrant toujours de la solitude, il
poursuit, en vain, ses idées de mariage. L’écrivain qu’il est se tourne avec bonheur vers
la prose. Nous lui devons La Caraco (La Caraque), Lou regrèt de Pèire Guilhem (Le
regret de Pierre Guilhem) et le roman La Bèstio dóu Vacarés (La Bête du Vaccarès).
Au sommet de sa gloire, l’écrivain fait la connaissance, en 1931 d’une jeune
institutrice de Barjols qui l’admire, Yvonne Recours, de 33 ans sa cadette. Dans les fêtes
camarguaises, on voit alors souvent la jeune femme en croupe derrière le capitaine de la
Confrérie des gardians qu’il est en 1935 et 1936. En 1937, avec la fin de la revue Le Feu
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s’achève une aventure de 20 ans. Joseph continue cependant de travailler. Il se fait
pénitent gris comme Mistral le fut à Maillane.
Vient la guerre de 1939. D’Arbaud en est brisé. Souvent malade, il se cloître,
toujours plus solitaire. Il écrit un roman, L’Antifo (L’Antife-La Prétentaine) et un recueil
de récits : Jaquet-lou-Gaiard (Jacquet-le-Robuste). Il n’avait jamais cessé de
correspondre avec Yvonne. Quand la maladie, probablement un cancer de la prostate, le
conduit en 1946 à l’hôpital pour une opération, elle vient souvent lui rendre visite. Ils se
marient en août, en toute intimité. Elle sera à ses côtés quand il s’éteindra le 2 mars
1950. Joseph d’Arbaud est enterré à Barjols.

Rolande Falleri

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